Projet pour le linéaire d’Angleterre du quartier Malakoff à Nantes à l’aide de la définition méthode 208 bis : repeindre / Claude Rutault

Définition méthode N°208 bis : repeindre utilisée à Rosny-sous-Bois

Le projet

Le projet de Claude Rutault, entamé par une première rencontre avec l’artiste fin 2005, a été annulé fin janvier 2007.
Comme l’artiste, nous avions de plus en plus de doute sur la réussite du projet à cause des difficultés rencontrées, difficultés liées à la mollesse du soutien des partenaires.

L’annulation de ce projet est d’autant plus dommage qu’il nous intéressait vraiment :
il questionne les choix effectués par les aménageurs ;
peintures réalisées et immeuble ont en l’occurrence le même destin : la disparition par démolition ;
enfin il introduit un rituel pour quitter un logement (abandonner une image).

Contexte de la commande d’Entre-deux à l’artiste

La peinture a souvent été sollicitée en extérieur, essentiellement pour habiller des pignons de murs aveugles. L’art public ne confère à la peinture qu’une fonction d’usage décoratif avec la peinture murale. Pourtant cette forme qu’est le tableau, par sa longévité et son statut dans l’histoire de l’art, a les moyens de poser des questions, de s’immiscer dans l’espace public.
Nous avons invité Claude Rutault qui sait questionner et retourner nos habitudes de regard quand il s’agit de la peinture, des lieux qu’elle occupe et de ceux qui s’en occupent.

Lors de notre deuxième entrevue, Claude Rutault est venu à Nantes. En visitant plusieurs quartiers de la ville, l’artiste s’est intéressé au quartier Malakoff et particulièrement à la “banane”d’Angleterre, immeuble en courbe dont la moitié sera démolie fin 2007. Cette destruction entre dans le cadre du Grand Projet de Ville (GPV). La place ainsi dégagée permettra la construction d’une avenue qui reliera la gare SNCF au boulevard de Sarrebruck en contrebas.
Les questions posées par ce projet déborde le simple cadre spéculatif inhérent à toute transformation immobilière. En effet, le cadre ici est celui de l’habitat social et le GPV dans son ensemble, outre une réhabilitation “en profondeur”, se préoccupe de désenclaver et de rattacher cette cité d’habitat sociale à la ville. L’urbanisme est donc très présent. C’est aussi cette complexité qui intéresse Claude Rutault.

Proposition de l’artiste

« Nantes.
Quartier Malakoff, linéaire d’Angleterre (cages d’escalier 27 à 35).

A ce jour sur 106 appartements plusieurs dizaines sont déjà vides et tout serait terminé à la fin mai 2007. Le changement de projet initial dû au mode de démolition réoriente la proposition vers ce qui a été réalisé à Rosny-sous-Bois (2004) en donnant une place importante à repeindre. Un premier projet datant de plusieurs années concernait une démolition par implosion. Le grignotage m’intéresse aujourd’hui davantage en limitant le caractère spectaculaire de l’opération.

L’idée est simple : demander à chaque famille locataire de laisser une image figurant sur un des murs de l’appartement, c’est à dire à laquelle celui de la famille qui l’a mise là tient un minimum,
l’abandonner là, avant de partir.

Cette image, peut-être un tableau, une reproduction, un calendrier des postes, une affiche, une photographie… une image. La seule condition étant qu’elle soit là depuis un certain temps. C’est à dire que l’image fasse d’une certaine façon partie de la famille.

Le mur et l’image seront repeints d’une même couleur au moment du départ de la famille qui choisira la couleur. Il ne s’agira pas d’un simple barbouillage mais de réaliser la peinture la plus parfaite, une peinture qui pourrait figurer dans n’importe quel musée.

Si la famille ne laisse rien, il sera demandé à l’un de ses membres de choisir malgré tout un mur et une couleur. Claude Rutault y réalisera un travail pictural déjà expérimenté, tenant compte dc
l’absence d’image.

Dans le dernier appartement libéré dans lequel l’occupant aura laissé quelque chose, Claude Rutault ajoutera à cette peinture une petite légende en guise de clôture de la série, pas de catalogue mais un petit livre avec texte autour du projet et de ses implications picturales, telles qu’elles sont envisagées par cette peinture dans ce contexte extrême.

Quelques jours suivant le dernier départ, avant que les travaux de démolitions ne commencent, tous les appartements seront ouverts à la visite, aussi bien ceux dont un mur aura été repeint que les autres, photographies interdites.

Démolitions.
Toutes les peintures seront détruites, sans reste. »
Claude Rutault, 13 janvier 2007

L’artiste

Claude Rutault propose des tableaux dont il ne réalise jamais la peinture. Celle-ci est appliquée par le preneur en charge du tableau soit le collectionneur, le conservateur, le commissaire d’exposition suivant une définition-méthode. Ces textes courts définissent les formats, modes d’accrochage, dimensions de ses toiles. La constante principale des définitions-méthodes élaborées par l’artiste est le recouvrement du tableau de la couleur du mur sur lequel il est accroché. Dans la radicalité de son propos Claude Rutault ruine la conception idéalisé du tableau. Avec les actualisations successives par recouvrement de peinture de couleurs forcement différentes l’artiste porte un coup à la notion de chef-d’œuvre et à sa conservation en l’état offrant une accessibilité inattendue mais sans concession intellectuelle.

Claude Rutault a déjà réalisé un projet à Nantes. En 1994, une exposition personnelle lui était consacrée dans le patio du Musée des beaux-arts. Il est présent dans la collection du Frac des Pays de la Loire avec une œuvre intitulée AMZ. Dernièrement (21 février au 7 mai 2006), (p)réparations était présentée dans le cadre de la manifestation Condensations, mille et trois plateaux, 5ème épisode au Musée d’art moderne et contemporain de Genève.